Jipango No3 mars 2000 .
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Voyage
au Japon
| Yves
Simon : le Japon, c'est
un voyage sur Mars pour moins de 4000 F ! Journaliste devenu chanteur puis écrivain, Yves Simon vit, depuis plus de vingt ans, une véritable histoire d'amour avec le Japon. Pour Jipango, il explique cette passion qui n'est pas près de finir... |
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- Vous souvenez-vous de votre premier voyage au Japon ? Yves Simon : bien sûr. C'était en 1977. J'y suis d'abord allé comme chanteur pour donner une dizaine de concerts à Tokyo, Osaka, Hiroshima et Kobé. A la fin de la tournée, on a même sorti un disque " Live au Japon ". Mais ce premier contact m'a tellement fasciné que j'ai décidé d'y retourner seul, la même année, pour y passer Noël et le Jour de l'An. Depuis, j'y vais presque tous les ans et parfois même deux fois par an. J'ai dû faire, en tout, plus de 25 fois l'aller-retour... |
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- Qu'est-ce qui vous a fasciné exactement lors de ce premier voyage ? Y.S. : Au début des années 70, j'ai beaucoup fréquenté les Etats-Unis. J'ai même voulu y habiter... Et puis il y a eu ce voyage au Japon et je ne suis plus retourné aux Etats-Unis ! La fascination est venue de choses que, justement, je ne trouvais ni aux Etats-Unis ni en Europe comme, par exemple, l'extrême politesse des Japonais, le respect pour l'autre, allié à une très grande compétence dans le travail. La façon dont les ouvriers japonais font grève, par exemple, est tout à fait significative : on met un brassard " en grève " mais on n'arrête pas le travail car on ne veut pas mettre en danger l'entreprise. Au Japon, les employés défendent l'entreprise (qui est leur outil de travail) alors qu'en France, les syndicats défendent les employés contre l'entreprise... Là-bas, l'intérêt du groupe prime toujours sur celui des individus. Et puis il n'y a qu'au Japon que j'ai trouvé ce mélange extraordinaire de tradition et de modernité. En général, on trouve l'un ou l'autre mais rarement les deux. J'ai aussi aimé la rencontre avec l'écriture
japonaise et en particulier avec les idéogrammes. Cette
coexistence d'une tradition millénaire et d'une très
haute technicité vous donne le sentiment de changer de
monde pour pas cher. Pour moi, le voyage au Japon, c'est un voyage
interstellaire ! C'est comme si on vous proposait la planète
Mars pour moins de 4000 F |
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- Le Japon est très présent dans vos livres... Y.S. : Oui. D'ailleurs,
je pense que je mériterais presque une médaille
tellement j'ai écrit sur le Japon depuis 1977 ! En janvier
1980, par exemple, j'ai publié, dans Actuel, un long reportage
sur le Japon pour lequel j'avais interviewé des dizaines
de chefs d'entreprise, des hauts fonctionnaires du MITI, des
professeurs d'université... Ces interviews m'ont été
très utiles pour mon roman Le voyageur magnifique (1987)
qui est en partie situé au Japon. |
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- Le Japon a beaucoup changé depuis les années 80. Comment a évolué votre rapport à ce pays ? Y.S. : Lors de mon premier
séjour, le Japon était en pleine ascension économique.
A cette époque, l'Europe était, pour les Japonais,
une référence, notamment en matière artistique,
culturelle... le cinéma, la littérature française
étaient très appréciés. Depuis 4 ou 5 ans, pourtant, du fait de la crise, des valeurs
qu'on croyait profondément enracinées comme l'emploi
à vie, la hiérarchie dont on gravit les échelons
à l'ancienneté... sont en train de disparaître.
Maintenant, les jeunes cadres supérieurs font comme en
Europe ou aux Etats-Unis : ils changent d'entreprise si on leur
propose mieux ailleurs... Ces changements font que le Japon s'est
mis à douter et ce doute peut, à mon avis, rééquilibrer
les rapports qu'il entretient avec l'Europe. Y.S. : Non seulement j'en lis mais je suis très lié avec certains auteurs que j'apprécie particulièrement. Nakagami Kenji (qui est mort il y a quelques années) était sans doute celui que j'ai le plus fréquenté. Chaque fois qu'il venait à Paris, on se voyait, on parlait longuement ensemble... Son livre Mille ans de plaisir est un pur chef-d'uvre. Ensuite, il y a Murakami Ryu que je connais depuis de très nombreuses années. J'aime beaucoup Miso soup, son dernier roman, dans lequel un jeune guide japonais entraîne un touriste américain dans les quartiers interlopes de Tokyo. Ça tourne assez mal car cet américain se met à tuer des prostituées japonaises... mais le roman est très réussi. Enfin, il y a Tsuji Hitonari qui vient d'obtenir le Prix Femina du meilleur roman étranger pour son dernier livre : le Bouddha blanc. Je l'avais découvert lorsqu'il avait eu le prix Akutagawa (le Goncourt japonais) en 1996 et je me suis battu pour qu'il soit traduit en français. On a une parenté, Tsuji et moi car il n'est pas seulement écrivain mais aussi chanteur de rock... - Si vous deviez recommander 3 romans japonais, lesquels choisiriez-vous ? Y.S. : Un amour insensé
de Tanizaki. J'adore ce roman. Et puis je choisirais le Pavillon
d'or de Mishima et Un bleu presque transparent de Murakami. Ça
a été ma première rencontre avec le Japon... |
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- Vous qui allez souvent au Japon, quels sont vos endroits préférés à Tokyo ? Y.S. : Bien que ce soit devenu le lieu de rendez-vous de tous les Français, je continue d'aimer la Jetée (1), un petit bar de Shinjuku où j'allais, il y a 20 ans, avec Chris Marker. Avec mon traducteur (et ami) Nagataki Tatsuji , nous allons souvent chez Tsukusi, un minuscule restaurant a côté de l'Institut Franco-Japonais (1-14 kagurazaka, Shinjuku-ku, 03-3269-7825). Il est tenu par un vieux couple originaire de Kyoto. Ils ont un excellent sho-chu (alcool distillé et non fermenté comme le saké). J'adore aussi le restaurant Ukai Toriyama (0426-61-0739) près du mont Takao. Perdu au milieu de très belles maisons traditionnelles. On y mange surtout des brochettes. On a l'impression d'arriver dans un film de Kurosawa ! |
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J'ai vécu pendant quelques temps dans un charmant ryokan à Kyoto, Yoshida Sansou (075-771-6125). C'est une ancienne villa de l'aristocratie où j'ai pu écrire dans un calme absolu J'aime aussi énormément le temple zen Jisshoin, à Kaga, dans la préfecture d'Ishikawa. Un endroit magique. (1) La Jetée est le titre d'un très beau film de Chris Marker dont Terry Gilliam s'est inspiré pour tourner «L'année des 12 singes». |
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