Jipango No3 mars 2000 .
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Comment
aborder la littérature japonaise (II)
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par Georges Gotlieb Au Japon comme ailleurs, c'est autour de l'amour que s'est cristallisée la contradiction opposant raison intime et ordre social. La littérature du début du XXème siècle y témoigne d'un conflit particulièrement douloureux entre l'aspiration personnelle au bonheur, stimulée alors par l'influence occidentale, et la pérennité des formes contraignantes du mariage arrangé et de la famille traditionnelle. |
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Clair-obscur de Natsume Soseki (1867-1916), traduit par René de Ceccaty et Nakamura Ryoji (Rivages, 1993), nous montre un individu déchiré entre sa condition d'homme récemment marié et la hantise d'une passion ancienne qui refait soudain surface dans son existence, " fantôme vivant " qui vient bouleverser le fragile équilibre de sa vie conjugale tout en ne lui étant promesse d'aucun bonheur... Situé à la même époque bien qu'écrit cinquante ans plus tard, Neige de printemps de Mishima Yukio (1925-1970), traduit (de l'anglais) par Tanguy Kenec'hdu (Gallimard, 1989), accuse le caractère tragique de cette opposition radicale entre les exigences du cur et celles de la société. Honda a beau être noble, Satoko est issue d'une famille qui l'est plus encore, et leurs amours passionnées ne pouvant se traduire par une union légitime, aboutiront à la réclusion à vie dans un monastère pour la jeune fille, monastère devant la porte duquel son amant l'attendra sous la neige jusqu'à en mourir de froid et d'épuisement... |
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| Le narrateur de La danseuse
d'Izu de Kawabata Yasunari (1899-1972), traduit par Sylvie
Regnault-Gatier, S. Suzuki et Suematsu Hisashi (Albin Michel,
1973), a vingt ans, lui aussi, lorsque sa route, dans le plus
beau des paysages, croise soudain celle d'une troupe de forains.
Parmi eux, l'éblouit Yuriko, dont il découvrira
pourtant, la surprenant au sortir du bain, que son corps est
encore celui d'une enfant... Mais peu importe ici que rien ne
soit possible puisque nous avons quitté le monde réel
et ses règles pour entrer dans celui du rêve où
rien n'est vrai que le sentiment lui-même. Aux antipodes de ce romantisme délicat, Un amour insensé de Tanizaki Junichiro (1886-1965), traduit par Marc Mécréant (Gallimard, 1992), met l'accent sur la primauté du désir et, non sans cynisme, s'amuse des extrémités auxquelles peut conduire la sujétion amoureuse. Dans le contexte d'un Japon des années 20 où la jeunesse des villes s'est quelque peu affranchie de la tradition, on voit un "salary-man " ordinaire littéralement asservi par Naomi, jeune femme dont les séductions incarnent à ses yeux celles de la modernité occidentale et qui, dans un jeu sadomasochiste caractérisé, l'entraînera dans la spirale de la déchéance et de l'humiliation... Un peu comme si Tanizaki nous rappelait qu'une fois levés les verrous sociaux, le bonheur dans l'amour n'était pas chose certaine, à moins, bien sûr, que le bonheur lui-même ne soit finalement pas plus désirable que l'être désiré! |
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par Georges Gotlieb La littérature japonaise du XXème siècle
ne se confond pas avec la seule tradition esthétisante
des Tanizaki, Kawabata ou Mishima. D'autres voix, aux accents
moins nobles, s'y sont manifestées, qui traduisent, sur
le plan littéraire, l'existence d'un Japon méconnu
en France, celui du non-conformisme social et d'un certain esprit
de révolte. De ton volontiers irrévérencieux
vis-à-vis des valeurs dominantes de la société
nippone, cette littérature s'exprime le plus souvent dans
une langue argotique et pleine de verve empruntée aux
bas-fonds de Tokyo ou d'Osaka. |
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L'Opéra des gueux de Kaiko Takeshi
(1930-1989), traduit par Jacques Lalloz (POF, 1985), se situe
précisément aux lendemains de cette apocalypse,
à Osaka, où, dans les décombres d'une usine
d'armement, se regroupe en une gigantesque cour des miracles
aux allures de cité utopique, tout ce que la ville compte
de paumés, de voleurs à la tire, de clochards ou
d'immigrés clandestins... Bien qu'infiniment plus isolés dans le Japon du boom économique, les protagonistes des Pornographes de Nosaka Akiyuki (né en 1930), traduit par le même Jacques Lalloz (Picquier, 1991), n'en forment pas moins une micro-société, une véritable " école " à les en croire, ces contrebandiers du sexe, trafiquants de marchandises érotiques en tout genre, allant jusqu'à parler de Voie de la pornographie pour désigner leurs activités ! Un chef-d'uvre d'humour s'inscrivant dans une tradition de la littérature japonaise qui demeure, elle aussi, bien mal connue en France : celle des romanciers comiques de l'ère d'Edo, Jippensha Ikku ou Shikitei Samba... |
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par Patrick Duval Auteur du Guide Evasion, A Tokyo et
Kyoto, (Hachette, 2000) Patrick Duval a vécu au japon
de 1990 à 1996. Il est aujourd'hui directeur de la communication
du Festival d'Automne à Paris. |
| Oe Kenzaburo, Dites-nous comment
survivre à notre folie, trad. du japonais par Marc Mécréant,
Gallimard 1982, Folio 1996. L'oeuvre entière de Oe, prix Nobel de littérature en 1994,
est marquée par la relation très forte que l'écrivain
entretient avec Hikari (Lumière en japonais), son fils
handicapé mental. Dans ce roman, le narrateur s'interroge
à la fois sur ses relations avec son père, mort
fou quelques années auparavant, et son fils frappé
de mongolisme. Une écriture très personnelle qui
joue à fond la carte de la sincérité vis-à-vis
de soi-même et des autres. Abe Kobo, La femme des sables, trad. du japonais par Georges Bonneau, Stock, Bibliothèque cosmopolite, 1979. Couronné par le Prix Akutagawa en 1962, ce roman raconte l'histoire étrange d'un entomologiste parti à la recherche d'un insecte des sables. Au milieu des dunes, le professeur rencontre une femme qui semble vivre ici de toute éternité. Bientôt, l'homme et la femme se trouvent prisonniers du sable qui envahit tout... Ce roman dur et angoissant, qui n'est pas sans rappeler l'univers de Kafka, est sans doute l'une des uvres les plus troublantes de toute la littérature japonaise. |
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