Jipango No6 Nov 2001 .

 Le Japon comme vous ne l' avez jamais vu

DANS UNE FAMILLE

" J'ai même tenu la boutique ! "

« Je devais aller au Japon pour 6 mois
dans le cadre de mes études mais à quelques jours

du départ, je n'avais toujours pas réglé la question de l'hébergement. Grâce à une petite annonce placardée à la fac, j'ai pu trouver une famille d'accueil.

J'ai eu beaucoup de chance : la famille qui m'accueillait à Tokorozawa, non loin de Tokyo, possédait une maison traditionnelle avec un jardin-potager où poussaient toutes sortes de légumes. Au fond du jardin, il y avait un autel dédié au renard ! Les ancêtres de ma famille habitaient là depuis 300 ans Ils avaient toujours été cultivateurs.

Pour moi qui venait de la ville, j'ai été plongée d'un seul coup dans cet univers inconnu de la campagne japonaise. J'étais ravie. Ils ne parlaient pour ainsi dire pas l'anglais (et évidemment pas un mot de français), ce qui m'a permis de faire des progrès foudroyants en quelques mois.

Je crois que vivre dans une famille est la seule façon de vraiment connaître le Japon "de l'intérieur". Il y a des tas de choses que je n'aurais jamais vues ou faites si j'avais été à l'hôtel ou dans un foyer.

Malgré leur travail très dur, ma famille a tout fait pour rendre mon expérience riche et intéressante. Ils m'ont emmenée visiter les plus beaux temples de la région et leur fille m'a accompagnée partout à vélo jusqu'à ce que je puisse me débrouiller toute seule Pour les remercier, je bêchais parfois le jardin. J'ai même, une ou deux fois, tenu la boutique de légumes !

Je crois qu'ils m'ont tout simplement considérée comme un membre de la famille. Je prenais tous mes repas avec eux et j'utilisais le même bain1. Du coup, il me paraissait tout naturel d'appeler les parents "Otoosan" (père) et "Okaasan" (mère).

Avec ma "mère" japonaise, on a beaucoup parlé. Surtout en faisant la cuisine. Elle m'a dit des choses assez intimes. Des choses qu'elle n'avait jamais dites à personne. Elle m'a aussi appris à préparer les tempuras et moi, je lui ai montré comment faire une tarte aux pommes !

Recommandations

La ville de Ome est une ravissante bourgade entièrement dédiée à la prune avec un superbe parc situé à 10 minutes à pied de la gare. Il faut bien entendu y aller au moment de la floraison des pruniers. Descendre à la station Hinatawada, ligne JR Omesen.

A Chofu, dans la banlieue de Tokyo, je recommande la visite du temple Fukudai-ji qui se trouve en contrebas du jardin botanique. Il est entouré de ruelles qui sont restées intactes. La plupart des maisons ont été transformées en restaurants ou en magasins de souvenirs. Le temple est connu pour sa fête dédiée au daruma, cette petite poupée dont on noircit un il avant de faire un vu. Si le vu se réalise, on noircit l'autre il. Les 3 et 4 mars, c'est le marché aux daruma (le daruma-ichi). La cour intérieure du temple se remplit de vendeurs. Le 4, les gens apportent leurs anciens daruma qui sont brûlés dans la soirée.

A Kamakura, je recommande de prendre les sentiers de collines. Ils sont moins fréquentés que ceux de la ville. Le premier débute près du Jochi-ji et conduit au grand Bouddha, le second démarre au Meigetsu-in et se termine au Zuisen-in. Sur la route du Meigetsu-in, se trouve un ravissant salon de thé, le Saryo Kazahana. Goûtez le Usagi Manju (pâtisserie traditionnelle) set. »

Sophie Belot....

1 Au Japon, on se lave avant de rentrer dans la baignoire. Ainsi, toute la famille peut utiliser la même eau. Celle-ci peut être réchauffée à volonté.



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VOYAGE A THEME

Au pays du saké de rêve

Après avoir quitté le dense tissu urbain de Tokyo,
le shinkansen s'élance

vers la mer du Japon et les rizières de la province de Niigata, grenier à riz de l'archipel. "Un long tunnel entre les deux régions, et voici qu'on était dans le pays de neige", écrivait, en préambule, Kawabata Yasunari dans son roman Yuki-guni (Pays de neige) pour décrire ces terres qui produisent "le saké du rêve", l'unique Koshinokambaï que les amateurs éclairés comparent à nos grands crus tels que le Romanée-Conti.

A l'arrivée, au Kojimaya, un simple restaurant de la gare de Niigata, on propose un plat local : les hegi soba. Ces pâtes de sarrasin - une spécialité réputée des montagnes du sud de Niigata - servies froides sur un plateau de bambou. Avec, détail notable, du wasabi (raifort japonais) frais, râpé sur une palette en bois recouverte d'une peau de requin. Au pays du yen levant, le sublime frôle le banal. Les familles de brasseurs de Niigata et de l'île de Sado élaborent, de génération en génération, le saké dans les règles de l'art. Chacun, dans une intemporelle modernité, intègre l'héritage de tradition séculaire. Qualité du riz (on élimine 30 à 70% du grain), pureté de l'eau (à l'instar du whisky) et la subtile alchimie de la fermentation (en hiver) constituent la clef de voûte de ce breuvage, jadis réservé aux divinités. Loin des fabriques industrielles, des maisons poursuivent les gestes ancestraux grâce au savoir-faire déterminant de leur maître brasseur (toji). Devant la nature impérieuse des montagnes et des rivières, le promeneur comprend que le saké est une offrande toute shintoïste. Le président de la brasserie familiale Kirinzan, monsieur Saïto, insiste sur l'importance de l'environnement du lieu où les précieux flacons sont produits. Pour lui, sixième génération de brasseurs, la fragile beauté du saké suggère " l'image d'une femme jeune à l'esprit rapide". Le goût du saké est propice au vagabondage de l'âme

En face, l'île de Sado où jadis artistes et politiques étaient exilés. Parmi eux figurait le maître et théoricien du nô, le célèbre Zeami (1363-1443). Ici, aujourd'hui encore, agriculteurs, commerçants et fonctionnaires perpétuent dans de nombreuses troupes d'amateurs ces drames incantatoires à la magie souveraine, créés, dit-on, pour apaiser le cur des hommes. Le vent du Nord et l'humidité qu'il porte ainsi que le riz local donnent une qualité toute particulière au saké de Sado. Le jeune couple qui dirige la brasserie Obata cherche à donner un nouvel élan à cette boisson de plus en plus boudée par les Japonais qui préférent les vins et spiritueux étrangers. Inventifs et passionnés, Hirashima Takashi et Rumiko ont reçu, pour leur Daiginjo (saké obtenu à partir de grains réduits au moins de moitié), la médaille d'or au concours national de saké 2001. Associés à d'autres brasseurs, ils produisent également du saké japonais en Australie ! D'étapes en étapes, le voyageur qui s'abandonne à la dégustation d'un "beau" saké discerne le murmure ténu de la mémoire. Dans un contentement extrême.

Jean-Luc Toula-Breysse....

A lire : Kawabata, romans et nouvelles, la Pochothèque, le Livre de poche.
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Carnet de route

Dans la province de Niigata
Hébergement
. Dairoan : Nakakanbara-gun, Yokogoshi-chô, Soumi 6970, Niigata-ken. Tél. : 025-385-2100. Accueil chaleureux d'un ancien pompier et d'une employée dévouée dans le cadre unique du manoir de la famille Itô.

Producteur de saké Kirinzan : Higashikanbara-gun, Tsugawamachi Nichiborodori 7. Tôshô building Niigata. Tél. : 025-225-0001. De 12h à 14h, de 17 à 22h. F. dim. Un saké sec et puissant décliné dans une riche gamme de variétés. Internet : www.kirinzan.co.jp

 

A Sado
Hébergement
à Ryôtsu, port de débarquement des bateaux provenant de Niigata. Yoshidaya : Ryôtsu-shi Ebisu 261-1, Niigata-ken. Tél. : 0259-27-2151. Ce ryokan haut de gamme, face au lac Kamoko, dispose d'un onsen (source thermale) et offre une cuisine locale très diversifiée: poisson cru, crabe, huître ou ormeau, mollusque réputé et onéreux désigné sous le terme de awabi. A côté de Ogi, port d'embarquement pour Naoetsu. Hananoki : Sado-gun, Ogimachi, Shukunegi, Niigata-ken. Tél. : 0259-86-2331. Petite auberge hors des sentiers battus avec une vue imprenable, tenue par un couple d'artistes. Possibilité de s'essayer à l'art de la céramique.

Producteur de saké Obata shuzo : Sado-gun, Mano-machi, Shin-machi 449, Niigata-ken. Tél. 0259-55-3171. Internet : http://www.manotsuru.com (en anglais). Un saké au joli goût pour accompagner une cuisine légère et délicate.

Pour en savoir plus

A Paris
Cave à saké Fuji
(Okanaga Europe) : 8, rue Thérèse, Paris 1er. Tél. 01 49 27 04 39. L'adresse que tous les amateurs connaissent. La seule boutique en Europe à proposer un si grand choix de bouteilles.

Sur le net
www.japansake.or.jp (en japonais et en anglais)
Pour tout savoir sur la composition du saké, sa fabrication, son histoire et connaître les différentes variétés
www.sake-world.com (en anglais)
Ce site donne les clefs essentielles pour saisir l'esprit d'un beau saké.

Pour obtenir des informations sur Niigata et Sado:
Office de tourisme de la préfecture de Niigata
: Niigata city, Shinko-chô, 4-1. Tél. 025-280-5253.

Au Japon
Comme pour le vin en France, chaque province a ses brasseurs. Les grandes régions sont celles de Niigata mais aussi celles de Nada près d'Osaka et de Fushimi près de Kyoto.

 Pratique : comment réserver ?

Minshuku
Les minshuku (ce mot désigne un petit ryokan tenu par une famille qui vit sur place) sont la forme d'hébergement la plus économique. Comptez 6000 à 8000 yen (avec deux repas).
Le bureau de réservation est situé au même endroit que le Tourist Information Center (TIC) à Yurakucho dans le Tokyo International Forum. Le site indique 350 adresses à moins de 8000 yen la nuit. (www.itcj.or.jp) Pour réserver un minshuku ou un petit ryokan, vous pouvez également vous adresser au Japanese Inn Group (www.members.aol.com/jinngroup) ou au Japan Minshuku Center (B1 Tokyo Kotsu Kaikan à la station Yurakucho de Tokyo). Les auberges de jeunesse (Japan Youth Hostels) ont aussi un site : www.jyh.or.jp

Autre hébergement pas cher :
les gaïjin house dont on trouve les adresses dans les journaux en anglais ou sur les sites www.tokyoclassified.com et www.tokyonoticeboard.co.jp

Hôtels et ryokan
Japan Hotel Guide (www.toyo-agc.co.jp/e-hotelguide) Japan City Hotel Association (www.jcha.yadojozu.ne.jp) Down town Tokyo. Historic or Memorable Hotels & Ryokan (www.pt-web.gr.jp)

Séjours chez l'habitant
Japanese Association of The Experiment in International Living (www.experiment.org) et, en France, World Discovery .Tel. 01 43 78 33 74.

Pour dormir dans un temple
Une liste complète est disponible à l'Office national du Tourisme Japonais, (4 rue Ventadour, Paris 1er) qui propose aussi une liste d'appartements à louer à la semaine ou au mois.

Avant de partir
N'oubliez pas de consulter le site de l'Office National du Tourisme Japonais (en anglais mais très bien fait et bourré d'informations utiles) : www.jnto.go.jp/

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