Jipango No5 Mars 2001 .

 .Daniel Moreau

Mes 1000 jours avec les moines

.

Cinéaste, Daniel Moreau a fait, au Japon, une rencontre qui a changé sa vie. Le film (1) qu'il a commencé en 1994 lui a pris cinq ans. Mais quelle expérience !

En 1987, alors que je terminais un film sur la région de Kumano, j'ai eu la chance de rencontrer Ajari Shunsho Enami, le responsable de la Vallée des temples où l'on pratique les 1000 jours. A la fin de mon séjour au Mont Hiei, simplement parce que j'avais marché avec lui, il m'a lancé : « Vous êtes solide. Je vous donne l'autorisation de filmer les 1000 jours ».

J'ai gardé cette belle autorisation pendant plusieurs années. Il me fallait une télévision, des sponsors... Or, je n'en trouvais pas. Ce n'était sans doute pas le moment, les gens n'étaient pas prêts.

Emballé par le projet, Jean Rouch qui m'avait déjà aidé auparavant, m'a présenté à Michel Wasserman, le directeur de l'Institut franco-japonais à Kyôto qui était aussi responsable de la villa Kujoyama, un lieu nouvellement créé, destiné à recevoir des artistes. C'est comme cela que j'ai pu commencer le tournage.
Malheureusement, je n'ai obtenu qu'un séjour de 4 mois et je me suis retrouvé dans la situation délicate de ne pouvoir continuer à tourner.

Au bout d'un an, il ne me restait rien. Certains jours, je me demandais comment j'allais manger. Les portes se sont fermées : pas d'argent, pas de possibilité de vivre au Japon, je me suis retrouvé comme un vagabond. C'était fin 95.
(1) Les mille jours ou la marche éternelle d'Ajari. Dia Films productions. Tokyo

Et puis, peu à peu, des gens m'ont aidé, on m'a confié des petits boulots. J'ai même créé une école... et Ajari a accepté progressivement que l'on puisse filmer autre chose. Mais cela a pris du temps. Au Japon, la confiance ne s'accorde pas comme ça. Au bout de 3 ou 4 ans, j'ai senti que notre relation devenait plus proche et plus forte, et ce n'est que la 4e ou la 5e année que j'ai pu obtenir les autorisations les plus difficiles, des autorisations que même la NHK n'avait jamais obtenues ! J'ai ainsi pu filmer à l'intérieur du Konponchû-dô, un temple classé trésor culturel national, ainsi que le temple Jodo-in où un moine vit enfermé depuis 12 ans. Aucune télévision n'avait jamais pu pénétrer dans ces deux lieux.

A la fin, Ajari m'a accordé une entrevue de 3 ou 4 heures alors que, la première année, il m'avait éconduit en me disant : « vous êtes à la maternelle, je ne peux pas vous donner un enseignement destiné aux étudiants d'université ». Les vrais moines veulent savoir si vous êtes capable de surmonter les difficultés, grandes ou petites. Dans mon cas, les difficultés étaient très grandes, parce que j'étais sans maison ni argent. J'avais abandonné pas mal de choses en France, je n'avais rien, il n'y avait que le film qui comptait. Quand on n'a plus rien, l'essentiel vient à nous.

Fin 99, le film était terminé et en 2000, il a été diffusé sur Arte. Jean-Claude Carrière a accepté de prêter sa voix pour la narration. La musique est celle d'un grand violoniste italien, Enrico Gatti. Ainsi, des gens de très haute qualité ont bien voulu participer à ce film que les moines ont, je pense, aimé et respecté.
Cinq ans pour réaliser un film, c'est incroyable ! Normalement, cela prend 6 mois, un an maximum. Mais il s'agit de bien plus que d'un simple film. Il s'est vraiment passé quelque chose. J'ai pris des risques sur le plan familial et sur le plan affectif et aussi, des risques énormes sur le plan financier. Plus tard, des gens m'ont prêté de l'argent, m'ont fait confiance.

Avec le recul je pense que ce chemin de croix était indispensable. Lorsqu'on a trop de sécurité, rien d'original ne peut sortir. Toute l'énergie, les possibilités, les hautes qualités, que l'Homme peut développer sont étouffées par la sécurité. Avec le risque, tout est remis en jeu. On donne tout physiquement, psychologiquement, psychiquement... car c'est dur de porter une caméra en courant derrière Ajari le jour, la nuit, 30 km dans la montagne, 80 km dans Kyôto, mais tout ce que j'ai reçu en 5 ans auprès du monastère, des supérieurs, d'Ajari lui-même, c'est 100 fois plus que ce que j'ai donné.

.

Mon japon secret

La cascade de Nachi
où André Malraux est venu, est vraiment impressionnante avec ses 130 mètres de haut. Le temple de Nachisan dans la préfecture de Wakayama est la première étape d'un long pèlerinage ( 950 km).

Le ryokan traditionnel Kashiwaya à Bessho Onsen, est l'un des plus beaux du Japon. C'est là que Kawabata Yasunari a écrit Valse de Fleur. Steven Spielberg et Jeanne Moreau (entre autres célébrités) y ont séjourné. 1640 Bessho Onsen, Ueda, Nagano.
Tél. 0268-38-2345. www.avis.ne.jp/~bessou


Meguro Fudo : C'est l'un des quartiers les plus populaires et authentiques de Tokyo. Il y a beaucoup de petits magasins traditionnels. Depuis la gare de Meguro, il faut prendre la ligne Inokashira et descendre à Meguro Fudo.


Copyright : JIPANGO

Création Page Web : Omnippon YAGAI