Jipango No5 Mars 2001 .

 Henry Gueydan

Le bâtisseur de rêves

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Jeune architecte ayant déjà travaillé à l'etranger, Henri Gueydan voulait découvrir les mystères de l'espace japonais. Douze ans plus tard, avec son épouse Fumiko, il est à la tête d'un des cabinets d'architecture les plus cotés de Tokyo et compte, parmi ses clients, des noms prestigieux...

Je suis arrivé au Japon en 1989. J'avais décidé, à l'époque, de m'accorder une année sabbatique en Asie. Au départ, j'étais plutôt intéressé par la Chine, par la philosophie chinoise et sa relation avec l'architecture. Mais c'est finalement au Japon que j'ai trouvé la meilleure réponse à ma recherche.

Comme c'était l'époque de la bulle, les projets d'urbanisme et d'architecture étaient très nombreux. Un bureau d'architecture m'a proposé de travailler sur des gares, des hôtels... dans le cadre de concours internationaux où je fus primé.

La même année, j'ai rencontré Fumiko, avec qui on a décidé de créer notre agence : Ciel Rouge Création. C'était très bien parti, nous avions décroché un projet de village de vacances pour une compagnie pétrolière sur l'île d'Awajishima, près de Kobé mais c'est tombé à l'eau à cause du tremblement de terre. Heureusement, nous avions gagné un concours pour construire une usine de produits agro-alimentaires.

A cette époque, nous habitions dans une petite maison japonaise à Denen Chofu. Je me suis amusé à créer un petit salon extérieur qui me permettait d'avoir un espace de méditation séparé du reste. C'était très important pour moi de travailler à partir d'un espace japonais en jouant sur l'ambiguïté intérieur/extérieur...
J'expérimentais une autre façon d'exister. Grâce à cette réalisation très personnelle, j'ai obtenu la commande d'une maison particulière de 500 m2 à Takadanobaba, une zone très urbanisée au centre de Tokyo. A la fin du chantier, le propriétaire s'est assis dans la pièce principale et m'a dit : « j'ai l'impression d'être au bord de la mer. » Cela m'a fait plaisir.

L'année 1995 a été notre « année difficile » : pas une commande, rien ! Mais encore une fois, la chance nous a souri et nous avons obtenu l`aménagement du Poste d'expansion économique de l'ambassade de France. Ça nous a beaucoup aidés...

Les choses se sont alors très vite enchaînées , j'ai fait plusieurs expo-conférences au Japon comme en France. Shu Uemura, le créateur de produits de beauté, est venu nous proposer de réaliser un salon d'esthétique à Odawara. Ça a été le début d'une longue collaboration qui continue encore aujourd'hui. En 1997, il nous a finalement commandé une usine ! Celle où il fabrique ses produits cosmétiques à partir d'eau de mer. L'usine se trouve sur l'île de Shikoku. J'ai imaginé un bâtiment blanc, qui s'entrouvre comme un coquillage vers la mer, contenant en lui un objet insolite, fushia. Cet objet, c`est le secret de Shu Uemura, son centre de recherche. Cela a eu tellement de succès que notre client a décidé de la faire visiter comme si c'était un musée ! Plusieurs centaines de personnes viennent chaque mois, dont beaucoup d'étudiants en architecture. Depuis, Shu Uemura nous fait pleinement confiance. Nous avons réalisé pour lui un grand nombre de boutiques un peu partout dans le monde tournées vers de nouveaux concepts et une mise en scène approfondie de formes et de couleurs. Récemment, il nous a tout simplement demandé de lui construire sa maison personnelle !

Dans un registre très différent, j'ai réalisé une école maternelle dans le quartier de Harajuku. Comme on m'a donné carte blanche, j'ai décidé de créer un « paysage idéal » pour les enfants, où ils peuvent s'épanouir dans la plus grande liberté. L'école est conçue comme une promenade entre des volumes de couleurs rappelant d'immenses legos qui s'imbriquent les uns dans les autres offrant aux enfants une multitude d'ambiances où ils apprenent par le jeu. Cette maternelle fait d'ailleurs école, si j'ose dire ! En tant que Français, je crois que j'apporte aux Japonais un peu de folie, des choses qu'ils n'auraient pas imaginées : on est toujours un peu écrasé par sa propre culture.

Le Japon est un pays où il faut se laisser porter par l'inconnu tout en trouvant l'énergie qui nous convient. Le Japon laisse une grande part à l'irrationnel, à l'irraisonné. Il faut pouvoir comprendre ce "silence" et savoir faire confiance à ses sensations.

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Mon japon secret

Jinata onsen
sur l'île de Shikine. On prend le bateau depuis Takeshiba (une nuit). C'est un adorable village de pêcheurs. Il y a un onsen au bord de l'eau. C'est donc un mélange d'eau de mer et d'eau de source.

Le musée Asakura Chosokan à Nippori : Il y a de très belles sculptures. L'architecture du bâtiment est vraiment un mélange d'orient et d'occident. C'est un endroit très frais, très serein. 7-18-10 Yanaka, Taiko-ku. Tél. 3821-4549. Ouvert de 9h30 au 16h30. Fermé le lundi et vendredi.

La ligne de train Yurikamome. Quand on la prend depuis Shimbashi, on a une très belle vue de la ville. Il faut s'arrêter à Daiba et aller prendre un verre sur le deck.

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