Passionné de cuisine depuis l'enfance,
Guy Martin est devenu, en 1991, le chef du Grand Véfour à
Paris. Elu « meilleur chef de l'année en 1999 »
par le guide Gault et Millau avec 19/20, puis « meilleur chef
de l'année 2000 » par le guide Champérard, il
a obtenu 3 étoiles au guide Michelin.
Ce qu'on sait moins, c'est qu'il puise une partie de son inspiration
au Japon.
Jipango : Vous avez déjà
effectué, paraît-il, plus d'une trentaine de voyages
au Japon…
Guy Martin : Bien plus ! Le Japon est pour moi une source
constante d'inspiration :
Depuis quinze ans, je m'y rends au moins deux fois par an, souvent
plus comme l'année dernière où j'y suis allé
quatre fois. Parfois, ce sont des séjours courts, parfois,
j'y reste plusieurs semaines.
Qu'y faites vous ?
- C'est très diversifié : La semaine dernière,
par exemple, j'étais à Osaka. Je me suis promené
dans les jardins et les forêts. Je suis allé à
Kyoto visiter des temples, assister à des cérémonies
du thé ou voir des potiers. Je vais très souvent au
marché découvrir des produits. A Tokyo, je vais au
spectacle de kabuki, de théâtre no. De plus, je donne
des cours dans plusieurs écoles du Japon comme la FFCC (French
Food Culinar Center) ou l'école Hattori de Tokyo. Par ailleurs,
j'écris régulièrement des critiques culinaires
dans le magazine « 25 ans ».
Y a t il une différence entre le Japon
et la France dans l'apprentissage de la cuisine ?
- Au Japon, les élèves sont très soucieux de
bien reproduire le geste du Maître. C'est dans la tradition
du pays. Cela fait partie de la philosophie japonaise. On refait
le geste jusqu'à ce qu'il puisse être accompli parfaitement,
aussi bien que le Maître. Dans l'enseignement de la poterie
c'est pareil : on copie d'abord le Maître pendant de longues
années avant d'élaborer son propre style.
Moi, j'essaie toujours de donner à mes élèves
une petite direction dans la création personnelle. Pour moi,
enseigner une recette va au-delà de la recette proprement
dite : ce n'est pas la recette que j'enseigne, c'est une ouverture.
La recette n'est pas une finalité en soi. Elle peut s'interpréter
ensuite de différentes façons. Souvent, quand je prépare
une recette, j'y associe au moins deux présentations. C'est
cette ouverture-là qui compte.
Vous avez une réputation d'autodidacte.
Est-ce cela qui vous a donné cette grande liberté
créative ?
- C'est vrai que je n'ai pas eu de « Maître »
à proprement parler. J'ai appris les bases bien entendu,
mais je n'ai pas eu un parcours gastronomique en tant qu'élève.
Pour moi, il n'existait pas de tabou, pas de lignée. L'inconvénient
de cette façon de faire est qu'il m'a fallu tâtonner
pour dominer la technique. J'ai beaucoup travaillé seul pour
m'exercer. Mais une fois qu'on a les bases, il faut vite les oublier
pour retrouver une liberté… Et ensuite, parfaire le
geste.
Pouvez vous spécifier en quoi le Japon
a influencé votre cuisine ?
- Certaines recettes sont directement inspirées du Japon
comme les sushi maki , les tempura aux légumes ou les navets
au sésame. Parfois, j'utilise certaines denrées comme
les algues. En effet, on peut trouver un bon choix d'algues chez
le poissonnier : des algues vertes comme la laitue de mer, des rouges
comme le nori, des brunes comme le wakamé, le kombu, les
haricots de mer ou la salicorne.
- J'utilise aussi des ingrédients comme le wasabi sauvage
qu'on trouve près des rivières au Japon, et qu'on
râpe sur des petites peaux de requin. Mais bien au-delà
des denrées, des ingrédients ou des modes de cuisson
utilisés, vapeur ou friture, c'est plus une façon
d'aller à l'essentiel du plat qui m'intéresse, une
façon de travailler le goût dans une présentation
relativement sobre, un côté zen. Un ami japonais avec
qui j'ai une relative complicité, m'a confié un jour
qu'il décelait dans ma cuisine une inspiration bouddhiste.
C'est possible car tout ce que j'apprécie et découvre
peut devenir source d'inspiration. Derrière chaque recette,
il y a une réflexion. La cuisine est un mode de communication
direct. C'est un moyen d'aller vers l'autre, de lui dire des choses.
J'aime ce côté poétique et sensuel de la cuisine.
Avez vous le projet, comme d'autres chefs français
l'ont fait ces dernières années, d'ouvrir un établissement
au Japon ?
- J'ai beaucoup d'amis au Japon qui font partie de l'Association
de la Gastronomie française dont je suis le parrain. Je suis
déjà conseiller d'un établissement à
Osaka mais je me sens prêt maintenant à envisager l'ouverture
d'un établissement à Tokyo. En fait, je dois vous
l'avouer : je ne me sens bien que dans ma cuisine ou… au Japon
! J'aime ce pays, sa culture. C'est un pays qui me correspond.
Propos recueillis par Catherine Belkhodja
Légendes photos :
(Recettes tirées de « Légumes »)
Tofu en marinade de légumes
Algues et oursins
Glace aux petits pois
Ouvrages publiés :
Légumes de Guy Martin. (Editions du Chêne)
Recettes gourmandes de Guy Martin (Editions du Chêne)
Fromages de Guy Martin ( Editions du Chêne)
Un artiste au Grand Véfour de Guy Martin (Le Seuil )
A Paraître prochainement :
1000 recettes pour deux plaques et un four ( Le Seuil)
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